Sandrine Pégand
ll faut obéir à la loi et se défendre.

Volcan islandais: le droit à une prise en charge pour les victimes des  vols annulés.

L'éruption du volcan islandais Eyjafjöll, qui s'est déclenchée le 20 mars  2010, n'a pas fini de parler d'elle...

Les cendres volcanique ont entraîné la fermeture partielle ou totale de  plusieurs espaces aériens des pays de l'Union européenne, dont la France.

La fermeture de nombreux aéroports européens a provoqué des milliers  d'annulations de vols au départ et à destination de l'Union européenne..et  des dizaines de milliers de passagers français ont été ainsi bloqués à  l'étranger pendant plusieurs jours (et d'ailleurs, j'en ai également fait  les frais).

La plupart du temps, ils se sont vu proposer, conformément à la loi, soit  un remboursement de leur billet, soit un réacheminement postérieur vers leur  destination finale.

Toutefois, si certains d'entre eux ont vu leur hébergement et leur  restauration être pris en charge par leur compagnie aérienne dans l'attente  de leur réacheminement, d'autres n'ont pas eu cette chance et ont dû payer  par eux-mêmes les frais d'hôtel, de boisson, d'alimentation et de transport  en ville. Ils ont même parfois été obligés de dépenser un argent qu'ils  n'avaient plus, au risque de payer des agios et de voir leur carte bancaire  être bloquée.

Quel sort est réservé à ces passagers bloqués à l'étranger?

Certaines compagnies ariennes ont défendu l'idée, compte tenu du caractère  de force majeure de l'évènement, qu'elles n'étaient pas tenues de prendre en  charge (ou de rembourser) ces frais aux passagers dont les vols étaient  annulés.

Or, cette position est totalement contraire à la loi, et plus exactement à  la loi européenne.

En effet, le règlement du Parlement européen et du Conseil du 11 février  2004, établissant des règles communes en matière d'indemnisation et  d'assistance des passagers en cas de refus d'embarquement et d'annulation ou  de retard important d'un vol, qui s'applique à toutes les compagnies  extra-européennes desservant au départ d'un Etat de l'Union européenne,  fournit une réponse claire.

Son article 5, § 1 b) prévoit qu'en cas d'annulation d'un vol (peu  important l'origine de ladite annulation), les passagers concernés se voient  offrir par le transporteur aérien effectif une "assistance conformément à  l'article 9" dudit règlement, dont le titre est "droit à une prise en  charge".

Cet article indique expressément que les passagers dans l'attente de leur  réacheminement par un vol de remplacement se voient offrir gratuitement: des  rafraîchissements et des possibilités de se restaurer en suffisance compte  tenu du délai d'attente; un hébergement à l'hôtel; le transport depuis  l'aéroport jusqu'au lieu d'hébergement (hôtel ou autre); deux appels  téléphoniques ou deux télex ou deux télécopies ou deux messages  électroniques.

Même en cas de "circonstance extraordinaire", la compagnie a l'obligation  de prendre en charge le passager totalement et gratuitement.

L'existence de "circonstance extraordinaire" n'a pour effet que de  dispenser la compagnie aérienne de l'obligation d'indemniser le préjudice  subi par le passaer, autrement dit la perte de temps, du fait de  l'annulation (article 5, § 3), ce qui est logique, car l'annulation du vol  ne lui est pas alors imputable.

Le but du législateur européen était bien de faire en sorte que le passager  dont le vol est annulé bénéficie d'un droit à une prise en charge immédiate  et standardisée relative aux rafraîchissements, à la restauration, à  l'hébergement, au transport et aux appels téléphoniques.

Lorsque la compagnie aérienne n'a pas été en mesure de fournir cette prise  en charge, elle doit alors rembourser dans les plus brefs délais au passager  concerné les frais engagés.

Il reste à espérer que tous les passagers, qui n'ont pas bénéficié de cette  prise en charge, ne rencontreront pas de difficultés dans leurs démarches  pour se faire rembourser auprès des compagnies aériennes concernées.

Dans le cas contraire, le recours à la justice, notamment au juge de  proximité ou au juge d'instance en fonction du montant du litige, leur est  ouverte, car leur demande semble tout à fait fondée juridiquement.

Je suis bien évidemment à votre disposition pour tout recours à initier.

Gazette du Palais, n°125 à 126, Doctrine

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